Difficultés sociales : être un ours en société, même quand on fait des efforts | La vie du Cartooniste

Dessin humoristique d'un ours portant un masque pour faire un effort en relation sociale face à une personne lors d'un moment mondain.

Être un ours, ce n'est pas facile. Surtout en société.

Il y a des gens qui entrent dans une pièce et semblent immédiatement savoir quoi faire. Ils saluent, rebondissent, plaisantent, trouvent le bon niveau de conversation, reconnaissent les visages, retiennent les prénoms et naviguent entre les groupes avec une aisance presque suspecte.

Moi, dans ces moments-là, mon refuge, c'est souvent le buffet.

Pas uniquement par gourmandise, même si je ne vais pas insulter une part de brioche qui n'a rien demandé. Le buffet, c'est aussi un territoire. Un endroit où l'on peut avoir l'air occupé. On choisit une boisson. On observe les chips. On compare mentalement les mini-quiches. On donne à son malaise une petite activité sociale acceptable.

Bref, on survit.

Faire l'effort, même quand l'effort ne se voit pas

Je fais des efforts, vraiment.

Je vais vers les gens. Je tente de lancer des conversations. Je souris, j'écoute, je cherche la bonne phrase d'entrée, celle qui ne semble ni trop molle, ni trop brusque, ni trop bizarre. Je tente de participer sans donner l'impression d'avoir répété intérieurement la scène comme un comédien avant d'entrer sur scène.

Mais honnêtement, c'est souvent un grand moment de solitude intérieure.

Pour moi, parler à quelqu'un que je connais à peine, c'est un peu comme grimper l'Everest en chaussettes. De l'extérieur, on peut avoir l'impression que je fais trois pas dans une salle. De l'intérieur, j'ai déjà perdu deux doigts de pied et je cherche l'oxygène.

Le problème, c'est que ce genre d'effort ne se voit pas toujours.

Quand quelqu'un est à l'aise, tout paraît naturel. Quand quelqu'un ne l'est pas, on pense parfois qu'il ne fait pas assez d'efforts, qu'il devrait se détendre, qu'il devrait "juste oser".

Ah, ce fameux "juste".

Le relationnel, cette grande autoroute sans aire de repos

On vit dans un monde où "le relationnel, c'est la clé".

Il faut réseauter, rencontrer, échanger, se montrer, aller vers les autres, entretenir le lien, prendre la parole, occuper l'espace, rebondir, être visible, être disponible, être sympathique, être spontané mais professionnel, chaleureux mais pas envahissant.

Très simple, donc.

Pour certains, c'est un terrain de jeu. Pour d'autres, c'est un parcours d'obstacles avec des panneaux écrits trop petit.

Les phrases du type "y a qu'à être plus sociable" ou "faut juste oser", on les a tous entendues. Elles partent parfois d'une bonne intention. Mais elles oublient une chose : pour certaines personnes, ce n'est pas une question de volonté.

Ce n'est pas qu'on refuse d'entrer dans la conversation.

C'est que parfois, l'entrée semble murée.

Le masque social n'est pas forcément un mensonge

Alors, on enfile un masque.

Pas pour tricher. Pas pour manipuler. Pas pour jouer un personnage entièrement faux.

On enfile un masque pour s'adapter. Pour passer la porte. Pour ne pas mettre tout le malaise sur la table avec les cacahuètes. Pour essayer de rentrer dans un moule social qui nous dépasse un peu.

Ce masque peut prendre plusieurs formes : un sourire, une blague, une phrase préparée, une posture plus assurée que ce que l'on ressent vraiment. Il peut aider. Il peut permettre de tenir la soirée, la réunion, le vernissage, le rendez-vous, le repas où l'on ne connaît presque personne.

Et au fond, il fait son job. La plupart du temps.

Mais il fatigue.

Parce qu'il demande une attention permanente. Il faut surveiller ce qu'on dit, ce qu'on montre, la durée du silence, l'expression du visage, le moment où l'on peut partir sans paraître impoli. Tout cela, pour certaines personnes, consomme une énergie folle.

Le buffet comme stratégie de survie

Je plaisante avec le buffet, mais il y a quelque chose de vrai là-dedans.

Chacun développe ses petites stratégies. Certains vérifient leur téléphone. D'autres vont aider en cuisine. D'autres encore trouvent la personne la plus calme de la pièce et s'y accrochent avec reconnaissance. Moi, il m'arrive de graviter autour de la table comme un satellite de la brioche.

Ce n'est pas forcément de l'impolitesse. Ce n'est pas forcément du désintérêt. C'est parfois une manière de respirer.

Et si tu croises quelqu'un comme ça, un peu en retrait, un peu maladroit, un peu trop concentré sur les amuse-bouches, il n'est pas forcément fermé. Il essaie peut-être simplement de trouver une entrée possible dans la soirée.

Une vraie entrée, pas seulement celle avec du fromage.

Venir parler à l'ours

Alors oui, si tu me croises au buffet, tu peux venir me parler.

Je ne mords pas.

Enfin, sauf si tu me piques ma part de brioche. Là, je ne réponds plus de rien.

Mais plus sérieusement, il y a peut-être une manière plus douce d'aborder les ours sociaux. Pas en les poussant au milieu de la piste avec un grand "allez, présente-toi !", mais en ouvrant une petite porte.

Une question simple. Un sujet concret. Un sourire. Un "tu connais beaucoup de monde ici ?" qui autorise à répondre honnêtement. Quelque chose qui ne transforme pas immédiatement la conversation en examen de sociabilité.

Et pour l'ours lui-même, peut-être qu'il faut accepter de ne pas devenir dauphin mondain du jour au lendemain. On peut progresser sans se renier. On peut sortir un peu de sa tanière sans prétendre qu'on adore le plein soleil.

On peut aussi reconnaître que certains efforts, même invisibles, sont déjà énormes.

Au fond, on fait comme on peut

Ce billet n'est pas une grande plainte. C'est plutôt une façon de dire : voilà, parfois je suis cet ours-là.

Celui qui essaie.

Celui qui met un masque.

Celui qui se réfugie près du buffet.

Celui qui aimerait bien être plus simple, plus fluide, plus naturellement à l'aise, mais qui avance avec ce qu'il a.

Et si tu es un ours aussi, sache que tu n'es pas seul dans la forêt sociale.

On peut même se retrouver près de la brioche.

Mais chacun sa part.

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